2026 Journées du Patrimoine de Pays

Le compte rendu de la journée

Association pour la Sauvegarde et la Mise en Valeur du Patrimoine

de Clumanc

Objet : Compte rendu Journée Patrimoine de Pays, 20 juin 2026

Samedi 20 juin 2026, l’association du Patrimoine Clumanc a participé aux Journées Nationales du Patrimoine de Pays avec un programme particulièrement riche et varié qui a permis de mettre en valeur le patrimoine tant sur le plan naturel, historique et bâti qu’au niveau immatériel.

Après un accueil café, la journée a commencé par une balade accompagnée par Gilbert Féraud, géologue, jalonnée par le hameau de la Coulette, l’ancien site autrefois habité de Ville et le sommet du Clouet.

Lecture de paysage et approche géologique ont permis aux personnes présentes de mieux comprendre comment s’est forgée la Haute Vallée de l’Asse de Clumanc.

Sous l’ombre salvatrice et bienvenue d’un frêne un pique-nique tiré du sac a ensuite rassemblé les participants aux abords de l’ancienne école de

St Honorat.

Dans l’église qui porte le même nom a eu lieu en début d’après-midi une conférence de Tom Chaillan sur l’histoire de cet édifice et du prieuré de Clastres, en lien avec l’abbaye de Lérins, à l’origine de leur création.

Cette présentation agrémentée de photos de cartes, de manuscrits, de plans

aura contribué à une meilleure connaissance d’un élément majeur du patrimoine bâti de la commune.

Cette conférence a été suivie ensuite par un concert de chants polyphoniques avec la présence de deux  ensembles vocaux, Boulégadis et les Ateliers de St Martin de Castillon : au programme la découverte d’un patrimoine différent, celui des chants traditionnels qui ont rythmé la vie des habitants de régions proches où plus lointaines et qu’il est important de voir se perpétuer.

La journée s’est terminée par la visite de la chapelle du Riou : les travaux de sa restauration intérieure ont été réalisées par les bénévoles de l’Association du Patrimoine et la commune de Clumanc, et le partenariat avec l’association Massalia Vitrail aura par ailleurs permis de voir la chapelle dotée d’un magnifique vitrail. Puis un moment de convivialité autour du verre de l’amitié a clos une journée pour le moins riche et variée.

Au total, 160 personnes auront participé aux différents moments proposés.  

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La balade-découverte guidée par Gilbert Feraud

Sortie géologique grès de Ville et lecture de paysage

1- Les grès de Ville. Station devant le mur d’une maison de Ville et incursion dans l’ancien village.

A partir de l’observation des grès qui constituent les murs des habitations, quelle est leur origine, leur composition ? Grains qui brillent, figures de courants ,…On était donc en mer, près de côtes sableuses, en mer peu profonde. Présence de micas, feldspaths, débris végétaux, débris de coquilles. Grès calcaire, avec peu ou pas de quartz, donc, matériaux de construction pas toujours très résistants.

D’où proviennent les matériaux constitutifs ? Ils n’existent pas sur place. Ils proviennent du sud, massif des Maures et de l’Estérel, et du nord (Alpes en cours de formation).

Roches équivalentes dans d’autres secteurs ? A Senez (un peu plus jeunes), vers Barrême, et les grès d’Annot (contemporains, 600m d’épaisseur, sédimentés au pied du talus du plateau continental).

Quel est leur âge ? Dans l’ère Tertiaire, 32-33 Millions d’années, donc époque assez récente dans l’histoire de la Terre.

2- Paysage et géologie dans la vallée de l’Asse entre Clumanc et Barrême.  Station au sommet du Clouet, après la montée à pied.

Les grès de Ville se trouvent inclus dans des marnes grises (robines).Ces roches sont très différentes des grès et correspondent à des conditions environnementales différentes au moment de leur formation. Il s’agit donc d’une période compliquée. Pourquoi ? On a affaire là à des variations du  niveau marin et à une forte poussée de la tectonique alpine, qui produit des flexures des terrains pendant leur dépôt.

Comment les choses se déroulent-elles au cours du temps ?

Au dessous de ces formations Tertiaires, on trouve des marnes grises plus foncées, au Crétacé : des robines également. Il s’agit là d’un océan, aux eaux relativement profondes. Ces marnes épaisses sont en grande partie responsables de l’existence de la vallée de Clumanc.

Puis la mer se retire, pas de dépôts, Clumanc est sur un continent pendant une période assez longue.

Puis se forment des zones de deltas, avec les poudingues de la Montagne de Lieye: torrents, bords de mer. Début de l’histoire Tertiaire.

Puis la mer revient , avec le dépôt de calcaires. Mer peu profonde. On voit 2 petites falaises au nord du Clouet, sous Ville. Il y a 37-34 Ma.

Puis on assiste à un approfondissement de la mer, avec le dépôt de marnes épaisses (robines, 400m à Clumanc).

Et à nouveau mer peu profonde, Passées sableuses passagères, profondeur inférieure à 200m , sur le plateau continental. Grès de Ville . Car plissement vers le haut, du à la poussée alpine.

Puis localement, des minideltas, avec le dépôt de conglomérats , on est près de la côte. A Clumanc  (la Poste), galets volcaniques, donc cours d’eau venant de loin, du sud et du nord. Colline du Château et à St Lions : vers le Coulet Rouge.

Retour rapide de la mer, coraux  (St Lions, Coulet Rouge).

Enfin, émersion complète, milieux marécageux, subtropicaux en milieu continental, fleuves et lacs. Terrains rouges  au bas de la vallée de Clumanc, autour de Barrême (milieu oxydant). Fin de l’histoire.

3- Présentation de la paléogéographie à l’échelle de la France. Cartes montrant mers et terres émergées, en situant Clumanc.

Jurassique : océan, marnes noires Bléone, calcaires Gorges Verdon. Période stable.

Crétacé : océan dominant, période stable.

Tertiaire : milieu plus côtier, sujet à transgressions – régressions, rôle de la poussée alpine, période compliquée.

4- Topographie actuelle. Pourquoi la Vallée de Clumanc ? Matériaux facilement érodés (marnes). Synclinal. Matériaux résistants sur les bords, calcaires. A l’Ouest : Jurassique, Crétacé calcaire. Au centre : domination des marnes crétacé et tertiaires. A l’Est : calcaires crétacé.

Idem vallées de Blieux, Hyèges, ,,,

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Saint Honorat de CLUMANC

Conférence du 20 juin 2026, Tom Chaillan

1. Que dire et à partir de quoi ?

  • Inventaire régional, fiches d’Elisabeth Sauze années 2000,
  • Livre « entre ciel, mer et terre : l’Ile monastique de Lérins », 2017
  • Quelques archives trouvées lors d’une autre recherche

Quand on arrive à Clumanc…

On a le panneau, puis la mairie-école au milieu de nulle part –où est le village ? Si on part vers les hameaux, on arrive à St Honorat : une église avec juste 3-4 bâtiments autour dans des champs…. Toute personne étrangère à ce terroir sera surprise et se demandera donc pourquoi ?

A cause de son histoire : remontons le temps… et commençons d’abord par nous demander : pourquoi St Honorat ?

2. Saint Honorat & la christianisation

312 Bataille du Pont de Milvius, conversion de Constantin

313 Edit de Milan accordant la liberté de culte aux Chrétiens.

Honorius est issu d’une famille Gallo-romaine noble, il serait né vers 370, (Trèves alors capitale des Gaules), à une époque où le christianisme va devenir la religion d’Etat de l’Empire Romain (Théodose II 379-393). Cela se traduit, avec le soutien des empereurs, par la constitution d’une église chrétienne structurée (patriarche/évêques/prêtres) qui se superpose à l’administration romaine. Cependant cela ne concerne encore que les principales cités, les zones plus rurales du midi n’étant christianisés qu’au Vème s (439 Salinae puis 506 Sanitium) soit à la fin de l’Empire Romain d’Occident (476).

Honorius demande le baptême, il cherche très vite à mener une vie parfaite de Chrétien. Avec son frère Venantius qui a fait les mêmes choix que lui, il vit retiré un certain temps sur un des domaines de la famille (les fameuses villae).

Puis, accompagnés de Caprais, un vieil homme qui semble avoir été leur mentor, ils voyagent en Orient, où ils découvrent le premier monachisme : des ermites qui renoncent à la vie mondaine et se retirent dans des lieux déserts, mais tout en formant une communauté. Venantius décède de maladie en Grèce.

De retour en Gaule, Honorius et Caprais s’installent vers 410 avec plusieurs compagnons sur l’île déserte de Lérina, sur proposition de l’évêque de Fréjus, où ils fondent un 1er monastère dont Honorius prend très vite la tête. Il établit une Règle qui aurait d’ailleurs servit d’inspiration à St Benoît.

Si les ermites sont avant tout tournés vers la prière, leur étude et leurs réflexions autour de la Bible en font des intellectuels dont le travail est admiré par les communautés chrétiennes.

La communauté de Lérins exerce vite une influence religieuse sur l’ensemble du Sud de la Gaule et plusieurs de ses membres les plus éminents sont sollicités pour prendre la tête d’évêchés. C’est le cas d’Honorius qui est invité en 426 à prendre la tête de l’évêché d’Arles, un des plus importants de la Gaule d’alors (la ville en est d’ailleurs la capitale depuis 407). Evêché en difficulté par des divisions que le nouvel évêque va parvenir à aplanir, ce qui va permettre de rétablir l’influence de la cité. Soucieux du sort des plus humbles, Honorius utilise les richesses accumulées par les évêques précédents pour améliorer la vie des plus démunis, ce qui lui vaut une immense popularité. Il prêche beaucoup, notamment sur la Trinité, son sujet favori. Il meurt le 16 janvier 430 et est inhumé aux Alyscamps. Hilaire d’Arles, son successeur à la tête de l’évêché, lui aussi issu de la communauté de Lérins et proche de celui-ci, rédigera l’éloge de son prédécesseur en 431. Ce texte, « Vie de Saint Honorat », sera transmis par les moines copistes, et constitue la biographie la plus complète et « sûre » de Saint Honorat qui nous soit parvenue.

Considéré déjà comme un saint de son vivant, son aura ne cessera de continuer en Provence tout au long du Moyen Âge. Son rôle d’évangélisateur est indéniable : il a affermi le christianisme dans les cités du sud-est des Gaules et préparé les générations qui christianiseront tout l’arrière-pays, dont notre canton.

3. Mérovingiens et Carolingiens : les premières Chartes, entre héritage romain et influence franque

La zone de Clumanc n’est semble-t-il christianisé qu’à la toute fin de l’Empire Romain : en 439, au concile de Riez où sont notés les évêques de Castellane (Salinae) et Thorame (Eturamina) puis en 506, au concile d’Agde où apparait Senez (Sanitium).

La disparition de l’Empire n’affecte que peu l’Eglise chrétienne : la Provence passe rapidement sous dominations des Ostrogoths, des Burgondes puis des Francs. Dans tous les cas les nouveaux chefs sont admiratifs de la culture Romaine et cherchent à s’appuyer sur les structures administratives en place, en particulier les évêchés. (épisode du Vase de Soissons : la ville est tombée et mise à sac, un guerrier pille la domus de l’évêque mais Clovis ne veut pas froisser ce dernier, il exige la restitution du bien). Les rois francs entreprennent d’ailleurs de convoquer des Conciles comme le faisaient les empereurs Romains.

Les luttes de pouvoir récurrentes entre francs (les enfants mâles héritent tous d’une part de leur père, ce qui déclenche naturellement désagrégation des royaumes et luttes pour restaurer leur unité) puis l’arrivée de l’Islam (720 prise de Narbonne) va faire perdre à l’Eglise beaucoup des terres acquises précédemment. L’abbaye de Lérins n’échappe pas aux difficultés en cette période troublée (plus trace d’occupation monastique vers 700).

La venue d’une nouvelle dynastie, les Carolingiens cherche à restaurer une forme d’Empire Romain et Chrétien. Ils refont des dons, et pour les sécuriser, écrivent des chartes.

Une charte est document légal que le monastère ou évêché peut présenter pour faire valoir ses droits. Il se présente toujours sous la même forme : qui donne, quoi et pourquoi. Il est attesté par des témoins qui signent avec le donateur et marqué d’un sceau à la cire. Les monastères vont finir par les compiler dans un livre spécifique : le cartulaire.

4. La donation de l’église et son contexte

Le système féodal et l’affluence de dons :

Au X et XIème siècle, les Maures sont petit à petit expulsés de Provence, leurs raids deviennent plus rare et une nouvelle communauté s’établi à Lérins, elle est mentionnée dès la fin du Xème siècle, mais va prendre toute son importance au siècle suivant.

La féodalité se met en place, au fur et à mesure que le pouvoir central se délite. Sous Charlemagne, les Comtes ne sont que des gouverneurs, la charge est nominative. Un Comte peut-être remplacé à tout moment si son attitude déplaît à l’empereur. Si un comte meurt dans l’exercice de ses fonctions, le nouveau sera nommé par l’empereur, sans avoir nécessairement de liens familiaux avec le précédent. Mais la désintégration de l’Empire Carolingiens permet aux Comtes de s’emparer de leur charge et de la transmettre par hérédité. Pour consolider leur pouvoir, ils s’appuient sur de grandes familles nobles, à qui ils distribuent des terres, et les évêchés. En Provence, le Comte est établi à Arles puis à Aix en Provence. Les grandes familles sont situées en basse Provence et Clumanc est dans une zone dite de « marche », c’est-à-dire un territoire encore mal connu et mal contrôlé.

La féodalisation se caractérise par une structure marquée par 3 classes : oratores – ceux qui prient, bellatores – ceux qui combattent, et laboratores – ceux qui travaillent. La société est caractérisée par un système d’allégeance d’un individu à un autre : le paysan fait allégeance à un seigneur, celui-ci fait allégeance au Comte de Provence, le Comte doit allégeance à l’empereur puis au roi. Le territoire est régi par trois subdivisions : la paroisse, entité religieuse, la seigneurie, entité politico-militaire, caractérisée par la possession du foncier et par un certain nombre de droits qui y sont rattachés (le droit de ban) et la communauté – cette dernière, qui rassemble les chefs de famille, quel que soit leur origines nobles ou non, s’affermit surtout à partir du XIVème siècle grâce au soutien du Comte pour créer un contre-pouvoir face aux nobles.

La paroisse est placée sous l’autorité de l’évêché ou, comme à saint Honorat, d’une abbaye. Chaque église ou chapelle détient une terre qui lui permet d’assurer la vie de son officiant, la paroisse récupère un impôt : la Dîme, pour entretenir les prêtres et les bâtiments. La Dîme est payée pour chaque terre située sur le territoire de la paroisse. Ainsi une famille qui travaillerai des terres situées de part et d’autre de l’Asse devra s’acquitter de la dîme à Saint Honorat pour celle(s) située(s) rive droite et de la dîme à Notre Dame pour celle(s) située(s) rive gauche. La seigneurie en Haute Provence est souvent d’abord à de grandes familles de Basse Provence jusqu’au XIIème siècle puis morcelée ensuite entre plusieurs co-seigneurs locaux.

Analyse du Cartulaire ancien (IX – XIIème s) n°232 dans la transcription de Henri Moris, p238-39

Texte non daté mais on a une fourchette de 1046-1066 (abbatiat de Aldebert 1er). Forme classique :

  • raison du don : Plaire à Dieu, suivre les pas des Pères de l’église, citation de la Bible…
  • Noms : Pons, Gauceran, Rainoard et Raymond, unis comme un seul homme, frères…
  • à qui : concèdent à Dieu, aux sacro Sts autels de Ste Marie et de St Honorat du Monastère de Lérins où le vénérable Abbé Aldebert semble présider (le donateur exprime un doute, peut-être parce qu’il sait que les informations mettent du temps à circuler…)
  • Quoi : L’Eglise St Honorat qui semble avoir été fondée dans la vallée de Clumanc (le donateur n’a, de toute évidence, jamais été sur place depuis la construction de l’église), avec tous ses biens et, nous tous, comme décrit ci-dessous, réunis en un seul, donnons 3 modiatas (modius = boisseau de blé) de terre et Gauceran, sa femme Tumidia et son fils Raymond donnent 1 modiatam de terre…
  • Témoins : Ont signé Pons Aigulfus, Ebrard, Ingubert, le prêtre Pons, Aldebert, le prêtre Inguinulfus, Bonfils, Ermenfred, Boso.

Ont veillé au respect de la donation Pons Aigulfe, Ebrard, Pons Ingubert, Burbund, Aldebert, le prêtre Pons.

Autres dons faits à Lérins dans le secteur : Notre Dame du serret à Moriez, Notre Dame de Valvert à Vergons, la seigneurie d’Angles et partie de Seigneurie à Saint Julien du Verdon.

5. Le XIIIème siècle : le prieuré et les premières traces dans la construction actuelle

Le Prieuré : 3 moines résident à Clumanc en 1353 (contre 2 à Angles et 2 à Vergons).  Saint Honorat de Clumanc a la particularité d’être à la fois paroisse, à la fois seigneurie, mais la communauté, elle, comprend tout le territoire compris aujourd’hui dans la commune.

Le prieur est désigné par l’abbé ou à défaut par le chapitre de l’abbaye de Lérins. Il doit ensuite être approuvé par l’évêque de Senez avant de pouvoir entrer en possession du prieuré. Cela se fait par un rituel : il reçoit les clefs de l’église, en ouvre et ferme la porte (celle située sur le côté) puis y entre, baise l’autel, le fait couvrir et découvrir puis il entre ensuite dans les bâtiments annexes (le prieuré où logent les moines, les dépendances…) – comme une sorte d’état des lieux.

Le prieur dirige la liturgie dans l’église et s’occupe d’y faire assurer le service divin, il a aussi parfois la responsabilité d’autres chapelles ou églises proches (mutualisation). Il encaisse la dîme correspondante aux lieux dont il a la charge, contrôle la gestion des terres attachées au prieuré (location par bail). Bien que ce ne soit pas attesté pour Clumanc, il arrive parfois que des prieurs, peu soucieux de leur charge, afferment l’intégralité de leur prieuré.

A Clumanc, le prieur est aussi seigneur des terres attachés au prieuré (comme à Saint Julien du Verdon). Il assume donc des fonctions telles que la basse justice (équivalent des infractions et petits délits), il perçoit la taille et les corvées. Il doit cependant composer avec le seigneur laïc de l’autre côté de la vallée. En 1315, le prieuré de St Honorat a l’allégeance de 49 feux (11 à St Julien).

L’église, dont l’essentiel de la forme date du Moyen-âge, est orienté est-ouest, en croix, voûtée, à chevet plat avec transept et une nef de 3 travées. Il existait des arcs doubleaux dans l’axe des pilastres. Cette architecture est typique du modèle monastique : grands volumes, décoration très sobre (pas de chapiteaux sculptés).

Notons que le chiffre 3 se retrouve partout dans les édifices Chrétiens en référence à la Ste Trinité : le Père, le Fils et le Saint Esprit. On a aussi le chiffre 6 moitié de 12 et double de 3, qui correspond au nombre minimum de moines pour un prieuré claustral – sorte de mini abbaye. Et le chiffre 12, nombre des apôtres, qui correspond au nombre minimum de moines pour fonder un monastère.

L’église est accompagnée au moins de un bâtiment servant de prieuré et d’un cimetière au sud et à l’est.

6. Le XVIème siècle : déclin de l’abbaye et du prieuré…

Dès 1471 (fin XVème) le prieuré de Saint Honorat de Clumanc est abandonné et ne sera jamais rétabli. Il n’y a plus de famille rattaché à la seigneurie. Le restant (gestion des terres et de la liturgie) est affermé. La paroisse est tout de même maintenue mais petit à petit le monastère se décharge de la gestion religieuse sur l’évêché de Sénez. Le cimetière reste utilisé (fouillé en 2001 sous la direction Jean François DEVOS). La population va se réimplanter dans des hameaux dispersés autour du prieuré.

Le monastère de Lérins subit un déclin rapide à cause de son incapacité à se réformer. La vie monastique n’attire plus (hormis les cadets des familles noble de notre région), la discipline est relâchée (la majorité des moines habitent sur la côte, à Cannes, La Napoule, Vallauris… Ils ne viennent presque plus au monastère sur l’île à tels point que les abbés sont parfois obligés de les menacer de renvoi).

Les abbés commendataires, nommés par le roi, sont chargés de la gestion des biens de l’abbaye (parfois même pas des religieux) mais ils ne songent qu’à leurs intérêts propres (les évêques de Grasse, qui seront plusieurs fois abbés commendataires, ne songent qu’à rattacher les biens de l’abbaye, qui représentent près de la moitié du canton de Grasse, à leur évêché). Quand un abbé entreprend enfin quelque chose, cela est sitôt abandonné par le suivant. Les moines et l’abbé sont souvent en conflit et enchaînent les procès à Aix.

La politique se superpose au tout pour parachever la catastrophe : le monastère a demandé à être rattaché à la Congrégation Ste Justine de Padoue – qui deviendra ensuite le Mont Cassin, mais les rois un coup l’acceptent, un coup s’y opposent pour exiger le rattachement à un ordre français (le monastère est en effet positionné tout contre la frontière à l’époque – située après Antibes, et assure d’ailleurs la défense de trois châteaux en première ligne).

Pour Clumanc, c’est l’époque des affermages :

Le 15 octobre 1558, Pons Basil, économe et procureur du monastère Saint-Honorat de Lérins, arrente pour 4 ans à Monet Symon fils de feu Jean de Saint-André les pensions que le monastère perçoit à St Honorat de Clumanc (avec Moriez et Vergons) pour 50 florins que le fermier devra apporter chaque année à la Saint-Michel à Grasse.

Alors que le bail s’apprête à prendre fin en 1561, François Martin, habitant de Vallauris, procureur du monastère Saint-Honorat de Lérins, prolonge l’arrentement le 8 octobre au sieur Monet Symon de Saint-André, comprenant les terres, prés et censes annuelles que le monastère possède au prieuré Notre-Dame du Serret de Moriez, à Clumanc (21 setiers de froment et 1 florin d’argent) et à Vergons (47 écus et 1 patac) pour 3 ans.

Le 9 octobre 1598, le Dom Etienne d’Antibes, économe du monastère, arrente la pension reçue par le monastère sur le prieuré de Clumanc à Guillaume Barbaroux, chanoine de la cathédrale de Senez.

Les archives de Lérins n’ayant pas été consultés pour l’établissement des fiches de l’Inventaire, il reste sûrement d’autres baux à découvrir.

7. Fin du XVIIème et début XVIIIème :

Le monastère de Lérins ne joue plus aucun rôle spirituel sur Saint Honorat de Clumanc, il se contente d’encaisser la rente de location pour les terres. L’évêché de Sénez assure désormais le contrôle de l’église et des prêtres. Les visites pastorales permettent de connaître l’état des lieux et son fonctionnement :

  • Etat détaillé dans les visites pastorales de Msgr Soanen (1697,1703 et 1717) En 1717 : 350 communiants /12 hameaux. 1 vicaire depuis 1612 mais déjà cité en 1516 et 1606 + 1 prieur curé. Le tableau de l’autel du Rosaire de 1645, toujours présent dans l’église, est cité. Les bâtiments sont délabrés, certaines parties menaçant ruine :

1 presbytère au sol inégal, les trous de l’ancien clocher mal bouchés ;

L’église, les murs avec des fissures voire des lézardes (derrière l’autel, fente mur sud où se trouve la porte principale, mur nord plein d’eau), le toit plein de fuites, la voute fissurée, le sol inégal, une dalle de tombe dépasse. Les ornements sont bouffés par l’humidité. Les chapelles de l’annonciade et du Rosaire (tableau de 1645), coté nord sont dégradées par les infiltrations, celle du rosaire a son mur fendu.

Seuls les fonds baptismaux semblent corrects.

Le cimetière sert de passage, la croix est tombée, le mur nord trop bas et dégradé par les eaux, le portail ruiné.

Pas de maison claustrale (les vicaires sont tous de Clumanc et vivent donc chez eux). Le prieur curé ne se bouge guère pour faire faire ni travaux ni achats.

Soanen menace : si rien n’est entrepris sous 6 mois, l’église et le cimetière seront fermés.

  • Msgr Louis Jacques François de Vocance (1750) :

Eglise toujours en très mauvais état, menaces d’effondrement de la voûte portant une toiture de lauzes :

La porte menace ruine, mais elle va être refaite (prix faits passés), le 1er arceau près du sanctuaire s’est déformé, la voute s’est affaissée de 1 pan (25cm) et est fendue, quelques étais de bois ont été posés mais si mal que cela n’empêche pas la dégradation de la structure qui menace. De plus la voute porte la toiture faite de lauzes. Les 2ème et 3ème travées et leur deux chapelles latérales sont elles aussi dégradés malgré diverses renforts (tirants métalliques et étais de bois).

Nouvelle visite + tard dans l’année : La sacristie est meilleure (enduits, 1 marche et 1 fenêtre à refaire). + de fournitures (chasubles, nappes, etc.). Des « gens du métier » ont étudié la nef et annoncé que la voute est entièrement à refaire. Le marchepied de l’autel est en plâtre et dégradé.

  • Msgr Antoine Joseph d’Anat (1764) :

Eglise toujours en très mauvais état, voûte fragile, une chapelle St Sébastien est cité au sud (bras du transept ?)

La sacristie se dégrade (fissures) La voute du sanctuaire est fragile, l’arc séparant le sanctuaire de la nef s’est déformé. Le pavé est toujours inégal, le marchepied tjs aussi mauvais. Le tableau du Me autel représentant St Honorat St Augustin et St Benoit est dégradé. Les chapelles de l’Annonciade et du Rosaire ont été remises en état mais la nef et sa voute sont toujours aussi dégradés : seul le 1ert arceau et la partie de voute qui s’y appuie ont été renforcés. Le pavé est toujours mauvais. Une chapelle sous le vocable de St Sébastien est aussi citée. Le cimetière est « en bon état ».

  • Jean Baptiste Charles Marie de Beauvais (1779).

L’église et la sacristie sont enfin retapés (murs, voute, vitraux, pavé du sanctuaire en bon état). Les ornements sont aussi meilleurs et tous les objets nécessaires à l’office présents. 4 autels dans la nef, enfin en bon état ! Le cimetière bon mais sans croix.

Achat du buste reliquaire de St Honorat.

  • St Honorat de Lérins achève son déclin : plus de moine, une vie religieuse quasi inexistante. En 1786, l’évêque de Grasse récupère la manse abbatiale (revenu que touche l’abbé). 2 ans plus tard, il ne reste que 4 moines : le monastère est fermé, ses biens sont annexés par l’évêché de Grasse (où les archives sont transportés).

8. Révolution et XIXème siècle

.  Le bâtiment du Prieuré et les terres en dépendant sont vendus, il devient une ferme.

  • Rétablissement du culte et création de la Fabrique (organisme chargé de la gestion de l’église et du culte). Achat de mobilier, dont le nouveau tableau au Me Autel (St Honorat, montagnes à gauche (la côte ?) barque de pêcheur et église à droite (Lérins).
  • Un nouveau presbytère est construit pour permettre le logement du prêtre (il sera partiellement incendié par les Allemands à la fin de la Seconde guerre Mondiale).
  • Travaux d’agrandissements de l’église, déménagement du cimetière au nord puis agrandissements.

Vers 1850, les Basses Alpes atteignent un maximum démographique : l’église Saint Honorat est trop petite pour le nombre de communiants. Son agrandissement est entrepris en, 1862 : Imbard, conducteur des Ponts et Chaussées et directeur des travaux, dresse un rapport le 21 septembre 1862. Il propose d’avancer et reconstruire le pignon de la façade ouest, de prolonger les murs latéraux sur les anciens pour les deux côtés ensemble, de faire les murs de clôture du cimetière et l’ouverture de la porte d’entrée. Les pierres de taille prévues pour le revêtement de la porte d’entrée du cimetière et de l’œil de bœuf et la base du clocher doivent être extraites de la carrière du Seisset, à 8 kilomètres de là.

Donation de Saint Honorat de Clumanc, v 1046-1066

Transcription de Moris & traduction

Legitur institutionibus Patrum ut quicumque aliquid, causa augmentandi, monasteriis conferre voluerit, per scripturarum seriem commendare studeat memorie posterorum, ne deinceps, quod absit, ullius impediri valeat contradictionibus. Quorum nos, videlicet Pontius et Gaucerannus et Rainoardus necnon et Raimundus simul in unum fratres, Deo largiente, libentissime amplecti cupimus vestigia eorum que reminiscimus, gloria nostra simulque facinora, et quod redemptio unius- cujusque anime ejus sunt opus ac divicie 1. Quapropter, noverint cuncti fideles tam futuri quam presentes quod vocem illam qua dicit : « date helemosinam et omnia munda sunt vobis 2 », concedimus Domino Deo, bonorum omnium largitori, sacrosanctisque altaribus sancte Marie et sancto Honorato ac Lyrinensi cenobio, ubi venerabilis abbas Aldebertus preesse videtur, sive monachis ibidem sub norma vite regularis Christo famulantibus aecclesiam sancti Honorati qui fundata esse videtur in valle Clumanci, cum omnibus ad se * pertinenciis ; et omnes nos, sub ac descriptione, simul in unum donamus prefato monasterio III modiatas terre; et ego Gaucerannus et uxor mea Tumidia et filius meus Raimundus donamus, ex parte nostra, I modiatam terre.

Et, ut hoc testamentum inconvulsum perenniter maneat, nos jamdicti donatores propriis firmamus manibus signaculumquc ponimus et subscriptis testibus firmare rogamus.

Pontius Aigulfus firmavit; Ebrardus firmavit; Ingubertus firmavit; Poncius presbiter firmavit ; Aldebertus firmavit; Inguinulfus presbiter firmavit ; Rainaldus firmavit; Bonusfilius firmavit; Ermenfredus firmavit; Boso firmavit.

Quando dederunt supradicti donatores terram, hii firmatores ficerunt : Poncius Aigulfus, Ebrardus, Pontius Ingubertus, Burbundus, Aldebertus, Pontius presbiter.

  1. Prov XIII, 8
  2. Luc XI, 41

« Il est établi dans les institutions des Pères que quiconque souhaite faire un don aux monastères pour leur prospérité doit s’efforcer, par une série de documents écrits, de le consigner à la mémoire de la postérité, afin qu’à l’avenir, Dieu nous en préserve, cela ne puisse être remis en cause par les objections de quiconque. C’est dans leurs traces que nous, à savoir Pons, Gauceran, Rainoard et Raymond, unis comme un seul tels des frères, avec l’aide de Dieu, désirons de tout cœur marcher et embrasser le souvenir de leurs actes, qui sont notre gloire et notre fierté, ainsi que le salut de chaque âme, qui est leur œuvre et leur récompense. C’est pourquoi, que tous les fidèles, tant futurs que présents, sachent donc que conformément à la voix qui dit : « Donnez l’aumône, et tout vous sera pur », nous accordons au Seigneur Dieu, dispensateur de tous les biens, aux autels très sacrés de Sainte Marie et de Saint Honoré, ainsi qu’au monastère de Lérins, où le vénérable abbé Aldebert semble présider, l’église de Saint Honorat, qui semble avoir été fondée dans la vallée de Clumanc, avec toutes ses dépendances ; Et nous tous, en vertu de cette description, réunis en une donation unique, donnons au monastère susmentionné trois modiatas de terre ; et moi, Gauceran, ainsi que ma femme Tumidia et mon fils Raimond, donnons, pour notre part, un modiata de terre.

Et, afin que ce testament reste inaltérable à jamais, nous, les donateurs susmentionnés, le confirmons de nos propres mains et y apposons notre sceau, et demandons aux témoins souscripteurs de le confirmer.

Pons Aigulf a confirmé ; Ebrard a confirmé ; Ingubert a confirmé ; le prêtre Pons a confirmé ; Aldebert a confirmé ; le prêtre Inguinulf a confirmé ; Rainald a confirmé ; Bonfils a confirmé ; Ermenfred a confirmé ; Boso a confirmé.

Lorsque les donateurs susmentionnés ont fait don du terrain, ces confirmateurs ont veillé à sa mise en œuvre : Pons Aigulf, Ebrard, Pons Ingubert, Burbund, Aldebert, le prêtre Pons. »

Traduit avec DeepL.com (version gratuite) avec ajustements et corrections de Tom Chaillan